jeudi 18 février 2010, par Sens dessus dessous asbl
En ces lendemains de sommet de Copenhague, le citoyen moderne a la gueule de bois de sa vie. Les « démocraties de marché » (Etats-Unis, Europe, Japon) viennent de donner un coup de boule à la société civile, faisant la démonstration qu’elles sont incapables d’apporter une réponse aux dérives environnementales et sociales du capitalisme.
Une bonne dizaine d’années a suffi au « grand marché » pour absolument tout repeindre en vert (bagnoles, avions, partis politiques, médias, même les salades ont été repeintes en vert). Le développement durable est désormais disponible dans votre hypermarché le plus proche (comptez quand-même entre 10 et 20 km si vous habitez à la campagne, suite à la mort du petit commerce), cependant qu’on s’enfonce (inexorablement ?) dans une crise économique, sociale et environnementale sans précédent.
Pourtant, Al Gore, Nicolas Hulot, Yann A-B et autres évangélistes du progrès vert, ils nous l’avaient promis-juré-craché en chœur : le changement était en route (en 4X4 ?). Les entreprises et décideurs l’avaient déjà bien compris. Nous, consomm-acteurs, il nous suffisait de couper le robinet en se brossant les dents, et de rester connectés à Ushuaïa, pour admirer la beauté du monde qui disparaît ... et à la fois précipiter sa chute.
En réalité, médias, milieux d’affaires et politiciens n’ont aucune intention d’abandonner le système qui maintient leurs privilèges. Tout au long du XX° siècle, les démocraties ont été rythmées par des luttes d’émancipation. Les partis politiques ont mené des campagnes qui avaient pour fil conducteur des promesses d’apporter une réponse aux légitimes besoins de justice sociale (droit de vote des femmes, congés payés, droits sociaux, ...) et d’améliorer la qualité de vie (pouvoir d’achat, accès aux soins, amélioration du confort, ...). Aujourd’hui, quelle pourrait donc être la promesse du monde politique ?
Pollutions, épuisement des ressources naturelles (pétrole, forêts, poissons, bio-diversité), stress généré par la véritable guerre économique que chacun est invité à mener aux autres humains, nous sommes dans un train lancé à pleine vitesse, filant droit dans le mur. La seule option crédible (et même souhaitable, en terme de qualité de vie) est bien une baisse progressive du pouvoir d’achat et de notre consommation. Un programme bien indigeste à communiquer, tant notre culture est imbibée, lessivée, greenwashée depuis des décennies, par le rouleau compresseur publicitaire et son idéologie à sens unique : consommer et accumuler davantage sans fin ...
La justice sociale, l’augmentation du pouvoir d’achat et la préservation de l’écosystème sont désormais devenues des notions antagonistes, impossibles à réconcilier. Quand nos élus nous promettent une augmentation du pouvoir d’achat, ils condamnent la plus grande partie du monde à la misère. Inversément, le capitalisme ayant creusé les inégalités, plus de justice sociale ne sera envisageable que si les plus riches baissent leur consommation car leur mode de vie n’est, bien entendu, pas généralisable. La nécessaire préservation de l’environnement est totalement incompatible avec la croissance économique infinie (c’est elle qui nous a mené dans l’impasse). Or, ce sont exactement les promesses mensongères (voire criminelles) que nous font tous les partis démocratiques sans exception : plus de pouvoir d’achat, moins d’impôts, plans de relance de la croissance - comme le (très original, bravo Herman !) plan de relance de la croissance du (tout fraîchement non élu !) nouveau président de l’Union européenne Herman van Rompuy (voir article dans le Figaro)-.
Pour toutes ces raisons, les « démocraties de marché », prisonnières de la logique du marketing, sont en faillite, incapables d’apporter une réponse aux problèmes qu’elles génèrent. Les Etats-Unis, principaux responsables du réchauffement climatique, mais aussi l’Europe sont gangrénés par le lobbying des industriels (voir sur le lobby des industriels à la Commission Européenne, en préparation du sommet de Copenhague).
Il nous reste donc à repenser en profondeur la démocratie, à réinventer de nouveaux garde-fous, capables de protéger l’intérêt commun et celui des générations futures. Et personne ne nous prendra par la main.
Au boulot, militons !