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Cons sommes nous assez ?

mercredi 20 janvier 2010, par Sens dessus dessous asbl

Cons sommes-t’on suffisamment et si oui, combien de temps encore ? Autrement dit, le consommateur est-il une ressource inépuisable ou bien a t-on là aussi atteint une sorte de pic de Hubbert [1] , une courbe en cloche, un seuil infranchissable à la quantité d’âneries assimilables par un cerveau humain ?

J’ai toujours rêvé d’être journaliste commentateur économique. Vous savez, ces nouveaux prophètes poètes conteurs de la multiplication des gains, missionnaires de la bonne parole d’une reprise économique à jamais imminente, cette unique lueur d’espoir dans nos vies dédiées au grand marché.

  • LA CRISE NOUS A FRAPPÉ DUREMENT !

(J’essaye d’emprunter le style du journalisme économique, lui-même emprunté au journalisme sportif...).

  • Elle s’en est prise à l’économie réelle !

(Quelle méchanceté ! Oui, parce que, tout à coup, il y a une méchante économie, irréelle, celle de la spéculation financière qui ne produit rien, et donc forcément, une gentille économie, réelle, celle qui fabrique des bagnoles, des écrans plasmas, des OGM, des armes de destruction massive, etc.).

  • Les entreprises les plus fragilisées sont en difficulté, entraînant dans leur sillage leurs fournisseurs, puis, chômage, baisse de la consommation, et le cycle infernal de la récession qui s’ensuit.

(J’imite bien, non ? Notez qu’on aurait également pu dire « entraînant leurs fournisseurs dans la tourmente » qui marche très bien aussi pour le moment, on en vend beaucoup).

  • Y a pas trop le choix, la seule solution qui tombe sous le sens, c’est de réinjecter dans l’économie de l’argent frais pour relancer la consommation, entraînant un ballon d’oxygène pour les entreprises, un bol d’air frais pour les marchés, un vent de confiance sur les bourses ...

(Vous remarquerez comme tout ça sent bon la nature),

  • ... évitant la pire menace, l’assèchement des crédits ...,

(encore un désastre écologique à gérer !)

  • ... les crédits, ceux des banques, des entreprises et des particuliers.

Voilà donc ce que nous disent à l’unisson, les élites politiques et économiques qui inondent les ondes de leurs bons conseils, ceux-là même qui, durant des années, ont commenté l’actualité boursière sans sourciller, comme s’il s’agissait de simples bulletins météo.

En conséquence de quoi, le citoyen modèle, toi, moi, serons fort probablement sollicités pour contracter rapidement de nouveaux emprunts.

Quoi, tu n’as besoin de rien ? Allons, allons, citoyen, allume donc ta télé ou connecte toi à Facebook et tu trouveras bien quelque chose d’utile à consommer, une deuxième ou troisième voiture, un « cinéma home DVD » dans chaque chambre, trois voyages lointains par an, ...

Ainsi donc, toi, moi, cher frère, chère sœur, citoyen, citoyenne de marché, sommes sommés de produire et consommer davantage, jusqu’à s’asphyxier pour sauver le capitalisme, ce cancer de la démocratie à l’unique projet : « Plus de tout, plus vite ! ».

Cons sommes nous assez ?

L’image est issue de Wikipedia, sous licence creative commons

Portfolio

Pic de Hubbert

Notes

[1] Le géophysicien Marion King Hubbert suggéra dans les années 1940 que la courbe de production d’une matière première donnée, et en particulier du pétrole, suivait une courbe en cloche (voir sur Wikipedia)

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